—Je ne vous dérange pas au moins? dit-elle, ennuyée qu’il ne lui parlât plus.

—Mais pas du tout... Enchanté...

Lui aussi était un peu gêné; il eût préféré être là seul, comme tout à l’heure.

—C’est que, reprit-elle en riant, je l’avais trouvé avant vous, ce petit coin du bon Dieu. Voilà plus d’une semaine que j’y viens. Sûrement je ne m’attendais pas à vous y rencontrer.

Il enlevait à la pointe du pinceau sur sa palette un grumeau de grenat et délicatement en réchauffait un trou d’ombre dans la haie.

—C’est drôle, disait-il. J’ai passé ici plus de cent fois et pourtant ce n’est qu’hier matin, en quittant mon plant de tabac là-haut, que je me suis aperçu qu’il y avait quelque chose à faire de cela.

PAR PETITS COUPS, IL METTAIT DE LA COULEUR SUR SA TOILE [(P. 28)].

On n’entendit plus, pendant un peu de temps, que le glouglou du ruisseau sous le pont, comme un éclat de rire. Noémie se demandait s’il allait encore mettre du grenat dans le trou d’ombre. «Sûrement il va tout gâter,» songeait-elle. Jean Fauche, la tête sur le côté, reculait un peu sa toile pour juger de l’effet. Il sifflotait doucement entre ses dents. L’odeur de l’essence s’évaporait à travers la senteur mûre des graminées.

Noémie, d’un élan, lui dit singulièrement: