Et il ne disait pas pourquoi.
De la part de Noémie, ce fut comme s’il n’avait exprimé à cet égard aucune opinion. Elle sembla très loin; elle s’était mise à cueillir des seneçons en chantant sa petite chanson:
Va, va, petite chose de vie!
Comme la graine sortie du van,
Tourne au vent de folie.
—Autrefois, dit M. Fauche, j’aurais beaucoup ri de vous entendre chanter cela. Je ne sais pas pourquoi à présent je trouve cette chanson triste à pleurer.
—Je suis gaie, ma chanson est gaie. Elle pleurera peut-être demain. D’ici là...
Et elle faisait un geste de la main.
—Voilà, oui, c’est selon les jours, dit M. Fauche, comme résigné à regret.
Il bourra une pipe, fit craquer l’allumette et la fumée du tabac doucement le grisait. C’était une consolation pour Jean Fauche d’avoir toujours sa blague à tabac sur lui. Il tenait sa plante du curé, qui tenait la sienne d’un vieil oncle, chapelain chez un seigneur. Son jardin étant trop petit, il la réservait pour un champ qu’il avait dans la montagne, près de ses ruches. Le chapelain assurait que saint Pierre lui-même ne fumait pas un meilleur obourg en paradis.
—Au revoir, monsieur Fauche, dit Noémie. Je m’en vas travailler ma botanique.
Et, en effet, elle tenait un livre sous le bras. Maintenant qu’elle partait, il semblait à Jean Fauche qu’il aurait pu continuer à causer longtemps avec elle.