Elle ajouta, d’un sourire amusé:

—J’ai été sœur de charité, figurez-vous.

Et elle lui conta sa semaine au hameau des carriers, soignant une malade et donnant la becquée aux petits. Toute sa gaîté avait reparu. Lui aussi, la regardait avec une joie franche: il avait vraiment le regard d’un peintre qui étudie un ton fin. Il était content quand il pouvait voir, sous ses lèvres de fruit rose, ses dents claires comme des pépins. Il ne l’aurait pas observée autrement s’il avait pensé:

—Quelle délicieuse petite femme ce sera là pour celui qu’elle aimera!

Cependant, à mesure qu’elle parlait, ses prunelles commencèrent à se brouiller comme le ruisseau quand passait l’ombre d’un nuage. Son joli babil pareil à la musique de l’eau prit un sens qu’il n’avait pas soupçonné d’abord. Et il était soudain triste; il soupirait et secouait son front.

—A quoi pensez-vous? dit-elle.

—Je pense que vous avez dit vrai: vous êtes et serez toujours une sœur de charité pour ceux que vous aimez.

—Oui, voilà, fit-elle, toute sérieuse à son tour. Je suis une si singulière petite chose de vie. Je crois bien que je n’aimerai jamais que les malheureux: je sens qu’ils ont tant besoin de moi!

Le paysage fit silence: le glouglou du ruisseau s’étrangla comme un sanglot; la fauvette, ne les entendant plus parler, avançait sa petite tête ronde au bout de la branche pour voir s’ils étaient encore là. Toutes les petites véroniques regardaient curieusement par où ils avaient bien pu passer.

—C’est dommage, fit-il enfin en baissant la tête.