TRICOT N’ÉPARGNAIT PAS LA SAVONNÉE [(P. 38)].
Une ombre froide enveloppa Noémie; elle eut les yeux pâles des mortes; elle cessa de sentir. Et ils demeuraient là seuls un long temps. Enfin elle ouvrait les paupières: un soupir déliait sa rigidité. Elle vit le Spirou, le fils des Mangombrou, assis près d’elle, ses genoux au menton, et la regardant froncé, tendu, sans rien dire. Il avait ôté sa veste et la lui avait jetée sur la poitrine, pour la protéger contre la pluie qui tombait toujours.
Elle ne sut pas d’abord ce qui s’était passé.
—Quoi? Qu’y a-t-il?
Il donnait de petits coups de tête devant lui, sifflant entre ses dents, les yeux sournois, comme à la maison quand il craignait d’être battu. Et puis, soudain, elle se souvenait, la glissade, le gouffre, le Spirou la tirant sous les bras. Elle eut une crise de sanglots.
—Sans toi j’étais morte, Spirou.
Elle le tint serré contre elle, tout mouillé, la chemise trempée par-dessus la saillie dure de ses os: cette petite bête de la montagne, ignorant des caresses, maintenant avait à la pointe des dents un rire niais, gêné. Il restait pressé dans son étreinte, immobile contre la chaleur de sa vie.
—Ah! Spirou! mon petit Spirou! disait-elle sans cesse en le baisant.
C’était pour tous deux une minute de vie, de douceur infinie. Spirou serait demeuré toujours ainsi. Elle lui souriait.