COMME DU LIN AU ROUET, LES FILS LONGS DE LA PLUIE SE DÉVIDAIENT [(P. 40)].
Noémie! Et dans la solitude de son cœur, avec sa vie en elle qui, elle aussi, était faite de souvenirs comme un petit cimetière de roses et de soucis, elle se sentait si vieille déjà!
—Oui, se disait-elle, vivre ici dans la vallée au pied de la montagne et le jour venu, fermer tranquillement les yeux... Ah! ce serait bon!
Passant ensuite devant la pierre murée au chevet de l’église, elle saluait d’un signe de tête la mémoire du vieux curé qui, pendant un demi-siècle, avait paît ses ouailles dans les chemins de l’Evangile. C’était comme si elle l’eût connu en vie, comme si, à la bénédiction, elle se fût courbée sous le geste de ses mains vénérables.
XXI
De tendres et salutaires impressions lui naquirent. Elle s’en allait, raffermie pour avoir communié avec cette simple humanité qui avait trouvé la vie bonne malgré ses misères et ne l’avait quittée qu’à regret, le plus tard qu’elle avait pu. Et par delà le cimetière, derrière les petites clôtures en pierre, les choux, les carottes, les pois sur leurs ramettes étaient comme un symbole des fructifications humaines, sorties des jardins de vie. Toute l’affaire était d’aimer: il fallait beaucoup aimer autour de soi pour mériter de vivre. C’étaient ceux qui avaient le plus aimé qui avaient le mieux vécu.
—Voilà, oui, se répétait-elle longuement, il faut beaucoup aimer.
Sa robe à petits coups levait là où battait son cœur.
Au bout de la semaine, vers le temps de la nouvelle lune, le ciel redevint fluide, haut, léger. De petites nuées blanches plissaient comme le surplis que la vieille Gudule à petits fers repassait pour le curé Jadot. Le soleil lui semblait regarder par les trous d’une dentelle. Et puis, de nouveau, c’était tout à fait le joli printemps vert et or. La terre bouillait comme une étuve dans le brouillard chaud du matin. On commença à battre les faux sur l’enclumette.
La gaîté était revenue à Noémie. Une fois qu’elle passait devant la maison de M. Fauche, elle le vit qui ouvrait ses châssis pour donner de l’air à sa couche à melons.