Elle l’avait aperçu tout à l’heure, montant à ses ruches dans la montagne. Ils avaient échangé un bonjour par-dessus la haie qui les séparait. Et il lui avait annoncé aussi que son plant de tabac promettait une bonne pousse.

Ils n’avaient parlé que de cela: cependant Jean Fauche souriait, une lumière dans les yeux. Il ne lui eût point parlé autrement d’une chose qu’il se fût promis de lui dire depuis longtemps. Et ensuite il avait continué à monter.

Ah! oui, M. Fauche!... Mais avait-il jamais eu le temps de penser sérieusement à la vie?...

Elle songea que bientôt il descendrait.

Elle avait attiré une poignée de foin, et par jeu, s’en couronnait la tête. L’herbe faisait un nuage blond à ses cheveux. Mon Dieu! elle était vraiment, elle aussi, sous cette toison d’or et d’émeraude, une petite chose de la terre comme les faneuses.

Elle prit toute une gerbe, l’épandit sur ses épaules; et follement, les narines battantes, elle aspirait l’âme expirée des seneçons, des marguerites et des centaurées. En cascades d’aromes et de soleil ruissela l’herbage. Elle ressembla à une tendre faunesse ingénue au giron de la vie verte. Quelquefois il tombait une petite plume d’oiseau.

L’air était nuptial, tout chargé d’arômes. Elle eut aux lèvres le baiser chaud du vent; de la pointe de sa langue elle mouillait les coins de sa bouche. Et un peu plus sa gorge palpitait. C’était bon comme de manger de la glace à petites cuillerées, dans la chaleur du plein été. Oui, cela, et encore autre chose qui parfois la faisait toute froide délicieusement.

Elle regarda courir sa vie humide sous le tissu fin de ses mains comme le jus d’un fruit, le sang fluide et pourpré d’une grosse rose. Douceur de se sentir vivre dans l’heure divine, avec le poids léger du ciel, de l’éternité bleue sur soi, comme une eau qui monte et submerge! Ses doigts jouaient au soleil, ils avaient la grâce et la beauté des fleurs animées. L’ombre leur passait aux phalanges des bagues vives comme de souples et glissants lézards.

Elle remonta, lui enlaça tout le corps de l’enroulement d’une liane, d’une guirlande de mains autour du frisson de sa peau. Sur cette Noémie si sage soufflait maintenant un petit vent de folie, le vrai petit vent qu’il faisait dans sa chanson. Elle se laissa tomber dans les foins, ivre d’air, d’odeurs et d’espace. Sous sa vie frémissante, la terre aussi d’une longue palpitation s’émouvait.

—Eh bien... eh bien, mademoiselle...