Et c’était comme à l’école quand, pour une faute vénielle, elle reprenait, d’une voix sévère, une des élèves de sa petite classe. Elle fut droite sous le pommier, dans la clarté haute, et à pleines mains elle secouait son jupon comme si du même mouvement elle en faisait tomber la petite défaillance. Des roses de sang lui brûlaient la joue.
XXIII
Une voix, dans le chemin qui venait d’en haut, appela:
—Mademoiselle Noémie!
Elle vit que c’était M. Fauche qui descendait.
Il arrivait à larges pas, les pierres grinçaient et roulaient sous ses semelles à gros clous. Et il était très rouge, les yeux petits et vagues comme si le sommeil l’avait surpris près de sa ruche et qu’il vînt seulement de s’éveiller. Encore une fois la haie du champ les séparait.
—Je puis vous donner de bonnes nouvelles de mon tabac, dit-il. Il va falloir bientôt pincer les tiges. Et puis, ce sera le temps d’enlever une feuille sur deux.
Noémie en parut aussi enchantée que lui-même, bien qu’au fond elle eût préféré qu’il lui parlât d’autre chose. Mais elle comprenait qu’il y avait là un sens caché comme dans tout ce qu’on se dit. Il eût pu tout aussi bien s’exprimer ainsi:
—Je suis monté à mon champ pour être plus seul avec moi-même et mieux penser à vous. J’en suis redescendu avec l’espoir de vous retrouver ici. Le tabac aurait pu attendre jusqu’à l’autre semaine ma visite.
Elle s’aperçut qu’il regardait les foins qui lui pendaient aux cheveux comme des fils. C’était comme s’il avait pensé: «Elle s’est endormie sous le pommier tandis que, de mon côté, je dormais près des abeilles.»