LA VIEILLE SERVANTE AVAIT LAISSÉ LA PORTE ENTR’OUVERTE [(P. 46)].

Elle fut prise d’une tristesse comme si une chose de sa vie partait avec le grison. Elle avait rêvé là, elle avait eu là sa première joie d’abandon avec M. Fauche et pourtant elle n’était pas encore entrée dans la maison fleurie où le renard si étrangement l’avait regardée avec son œil de verre. Le champ sous les pommiers sentait bon le miel et la vanille comme chez le pâtissier. Les petites araignées qui font de la dentelle arrivaient voir au bout de leur toile comment la fléole, l’éthuse et la renoncule s’y prenaient pour tisser un si merveilleux tapis. Maintenant il n’y avait plus, sous les tiges coupées à ras de la terre nue, que le cri saccadé du grillon comme un léger sanglot de soleil. C’était la fin d’un rêve et avec l’âne tirant la dernière charrette, s’en allait l’âme jeune de l’année.

M. Fauche eût voulu savoir pourquoi tout à coup elle se taisait: c’était comme si une boîte à musique jouant une valse de Schulhoff s’était cassée entre eux. Les arbres faisaient silence: il semblait que le vent aussi était mort.

—Sûrement, mademoiselle Noémie, dit-il à la fin, vous pensez à quelque chose qui n’est pas gai.

Il la regardait, inquiet, le dos en boule, comme quand il était dans sa barque, au petit jour froid, avec le Chinois, attendant que le barbeau mordît.

—C’est vrai, répondit-elle, je pense que mademoiselle Larciel va bientôt tirer sa révérence à la montagne... Encore quinze jours et mon congé aura pris fin.

Elle se mit à rire:

—Adieu, paniers, vendanges sont faites!

Jean Fauche avait pâli.

—Si nous nous asseyions un peu ici, dit-il.