—Comment, c’est vous, mademoiselle Noémie!

Et elle paraissait aussi étonnée que lui. Son cœur très vite comme un rouet tournait. Deux petites roses vives lui tremblaient aux joues. On ne pouvait admettre que le vent l’eût dit aux petits jardins derrière les murs et que les jardins l’eussent répété aux abeilles de M. Fauche. Pourtant tout s’arrangeait comme si de proche en proche une rumeur était venue jusqu’à celui-ci, une rumeur de petites voix disant:

—Nous avons très bien vu sa robe qui enfilait les ruelles, et à chaque pas qu’elle faisait, la robe se soulevait et, dessous, une bottine et puis l’autre, chacune à son tour, arrivaient regarder curieusement si on n’allait pas bientôt s’asseoir dans un joli petit site vert où M. Fauche ne tarderait pas à apparaître.

Après tout, c’était là une simple conjecture: il n’y avait que le coucou du bois qui en savait là-dessus plus long que tout le monde. Noémie arrivait toujours par le même chemin et à la même heure. Le coucou alors faisait sonner son horloge; c’était comme s’il eût dit:

—Voilà l’heure, monsieur Fauche... Le petit sentier à droite...

Et Jean Fauche était debout devant elle.

Depuis qu’on faisait les foins, la petite classe, là-haut, chômait. Les enfants râtelant la fauchée, il n’y avait plus que çà et là une fillette qui, dans la maison vide berçait le dernier né et trempait la sucette dans le lait.

Noémie eut un peu plus de loisir pour visiter ses malades. Un vieux toussait, traînant un ancien catarrhe comme un colimaçon sa maison. Une aïeule, dans sa cahière, à l’ombre d’un noyer, s’en allait d’usure, toute cassée et, les deux mains sur les genoux, regardait toujours du côté de la barrière, comme si quelqu’un qu’elle savait allait bientôt entrer. Ceux-là n’étaient pas guérissables, ils étaient malades de la vie: Noémie leur donnait le seul remède qui déride les vieilles gens, sa gaîté de petite grive qui a picoré les raisins de la vigne. En outre, il y avait toujours quelqu’un qui enfournait son pain, tournait la baratte ou herbait du linge frais sur la haie. Et naturellement Noémie prenait sa part de la corvée. Tout le monde avait oublié qu’elle quitterait le village un jour. Jean Fauche s’asseyait sur le banc, devant la maison, et fumait une pipe, en l’attendant. Ensuite ils longeaient les vergers, honnêtement.

Or, une fois qu’ils étaient allés ensemble au ruisseau, elle vit que le verger avait été fauché: un âne sur la pente remontait la dernière charretée.