—Le grand Cortise, tiens!

Aussitôt elle se fâcha.

—Non, voyez-vous, monsieur Jean, ne me parlez plus jamais de Cortise. Je le déteste. C’est un homme qu’il vaudrait mieux pour vous n’avoir jamais connu. Il est fourbe et suffisant. Il se fait un jeu d’un cœur de fille. Je n’ai pas oublié qu’une fois, en vous poussant le bras, il a cligné de l’œil comme nous nous croisions sur le chemin. Et qui sait si vous aussi, monsieur Fauche, vous n’avez pas eu les mêmes pensées dans ce moment!

Une colère moussait à sa narine.

Il répondit simplement:

—Je ne suis pas un homme comme Cortise.

Un silence tomba, le ruisseau en profita pour faire trois petits sauts sur lui-même, en bouillonnant contre une grosse pierre. Et puis bravement M. Fauche reprenait:

—Ecoutez, je ne veux pas passer pour meilleur que je ne suis. Moi aussi, autrefois, j’aurais été capable de faire ce que faisait Cortise, bien qu’entre lui et moi, c’était généralement de toute autre chose qu’il s’agissait quand nous étions ensemble. Voilà, je vais vous dire, mademoiselle Noémie, c’était surtout affaire de vider ensemble des bouteilles en nous contant des histoires de pêche ou de chasse. Souvent je buvais un coup de trop au point d’en avoir la tête montée. Oui, de nous deux, c’était moi qui étais le plus vite dedans, comme on dit. Mais voilà, quand je rentrais, il n’y avait personne pour me dire qu’un homme qui boit à en perdre la raison est bien près de n’être plus un homme. J’avais besoin de vous faire cet aveu avant de vous...

Sa voix baissa d’un ton.

—De vous parler de quelque chose de plus sérieux.