ELLE SE LAISSA TOMBER DANS LES FOINS, IVRE D’AIR ET D’ESPACE [(P. 48)].

Ce fut une minute de douceur infinie: sa vie s’arrêta; elle ferma les yeux. Elle avait éprouvé cela une fois dans sa petite vie d’enfance, le jour où elle avait fait sa première communion: elle aurait voulu mourir avec la sainte hostie sur la langue. Ensuite ses larmes coulèrent: jamais elle n’aurait pu croire que M. Fauche serait allé jusque-là. Désormais ils ne pourraient plus penser à autre chose.

Il lui avait pris la main et il disait d’une voix profonde:

—Je ne valais pas grand’chose, comme tous les hommes qui ont eu une vie trop facile. Je n’ai eu que la peine de naître pour être ce que je suis, un garçon riche qui passe son temps à pêcher et à chasser. Je sens seulement aujourd’hui qu’un homme a mieux à faire que cela. C’est vous, si courageuse, si bonne qui m’avez ramené à la vérité. Jamais avant vous je n’aurais eu cette pensée. Vous avez passé dans ma vie comme une bonne action; et à peine je vous connais: c’est comme si je vous avais aimée toujours. Je crois bien que je deviendrais tout à fait un homme si vous vouliez m’aimer un peu aussi.

Elle sourit à travers ses larmes.

—Qu’est-ce que nous allons devenir à présent, monsieur Jean?

—Appelez-moi Jean, s’il vous plaît, fit-il humblement.

—Jean, dit-elle.

Et toute remuée, elle le regardait dans les yeux.