—Non, ce n’est plus moi, se disait-elle.
Et c’était toujours le même étonnement. Quoi! la sage Noémie si tranquille, avec son cœur muet dans les mains, en arriver là comme tous les autres!
Il lui semblait entendre, là où elle passait, un pas qui n’était plus le sien.
IL CHERCHA SA MAIN, LA TINT TOUTE FRAICHE DANS LA SIENNE [(P. 55)].
Elle dit longtemps:
—Jean! Jean! Jean!
Elle écouta le nom profondément descendre comme une vie dans sa vie. Elle n’aurait pas cru qu’il pût tenir une destinée dans un nom d’homme, celui-là surtout, si simple et si cordial. Comme il y a encore un peu de bruit jaseur de la source dans la gorgée qu’on boit au creux de la main, les heures repassèrent, son arrivée au village, les tranquilles paysages, le jeune homme qui toujours fumait sa pipe en descendant au matin dans son jardin. Et un jour ce même jeune homme lui disait:
—Noémie, voulez-vous être ma femme?
Jouer à la dame dans la petite maison treillissée de roses où il y avait une cigogne et un renard empaillé avec des yeux de verre!