Le train entrait en gare quand ils arrivèrent. Moya lui monta ses paquets, et ensuite, tandis que la locomotive soufflait, il demeurait sur le quai un instant, reniflant dans sa moustache.
—Vous aurez beau temps, mam’zelle Noémie.
—Oui... Et pourtant j’aurais préféré la pluie.
Le train patina. Il agita son chapeau en l’air: elle le salua de la main. Elle était seule dans le compartiment. Elle se tint penchée un peu de temps à la portière, tâchant d’embrasser dans un dernier regard la montagne, le bois, l’église, la petite maison sous les roses. Jean Fauche aussi, le premier jour qu’il l’avait vue, s’était penché pour la regarder plus longtemps. C’était elle alors qui venait, tandis que lui, partait. Arriver, partir, toute leur vie avait tenu entre ces deux mots.
Le train s’engouffra dans un tunnel. Fini, c’était fini, comme un rêve! Jamais plus elle ne reviendrait là! Quant à Jean Fauche, il se consolerait près de son enfant et qui sait? peut-être un jour il en viendrait une autre qu’il aimerait comme il avait aimé la première, comme il l’avait aimée, elle.
Alors son cœur se déchira: elle fut prise d’une crise horrible de sanglots:
—Jean! mon Jean!
Le train déboucha près du fleuve. Dans le brouillard lilas, de vieux hommes pêchaient. Un bateau quittait l’écluse, halé par des chevaux. Des enfants tâchaient de saisir avec les mains les flocons de fumée crachés par la locomotive. Un or léger blondissait les peupliers au bord des routes. Dans la montagne, des maisons pamprées de vignes riaient par leurs fenêtres ouvertes. Tout d’une fois, le soleil déborda par-dessus la crête du versant et emplit la vallée. Puis le garde criait le nom d’une station. Une dame monta.
Noémie très vite tamponnait ses yeux, et se reprenant:
—Voyons, voyons, mademoiselle Noémie Larciel... disait-elle.