Filez, filez, quenouille !
VIII
LA CHANSON DU PETIT PAYSAN
Le petit bœuf et la vache, comme mari et femme — tirent à la charrue. Houlà !
De l’aube à la nuit, ils vont lents et maigres, par les sillons. — Le champ est en pente : par le bout, il s’enfonce dans le ciel. — Chaque fois qu’ensemble ils montent, — le petit bœuf et la vache tirent plus fort sur l’attelle. — Ils croient qu’arrivés là-haut — on les ramènera vers leur litière. — Houlà !
Voilà qu’il leur faut descendre pour remonter ensuite. — Jamais ils n’ont fini de rayer les cailloux avec le soc. — Moi et Katia, nous sommes comme le petit bœuf et la vache. — Quand l’un va à droite, l’autre va du même côté. — Il y a longtemps que notre charrue — retourne le champ ; les cailloux sont toujours en aussi grand nombre. — Le petit bœuf ne se plaint à la vache, — la Katia non plus ne se plaint à moi. — Jamais nous ne nous parlons : — la bouche est un moulin qui moud du vent. Houlà !
Le jour où nous serons riches, — nous irons voir au bout du champ, là où luit le ciel — ce qu’il y a par-dessus le champ. — Il y a l’église et le cimetière, — il y a la mort qui sonne les cloches. Houlà ! Houlà ! Hue ! Ja !
IX
LA CHANSON DU SABOT
La rivière entre nos deux fermes — est comme un ruban le dimanche — au corsage de Rietje.
J’ai mis une touffe aromatique dans un sabot, — j’ai poussé le sabot sur l’eau — en soufflant dessus. — Va, léger bateau, la rivière te mènera là — où une main sortira des roseaux.
Mon amour, Rietje, est un grand bateau comblé de présents ; — il descend au fil de mes pensées vers ta présence là-bas. — Je ne vois plus le petit sabot ; il a tourné derrière les joncs. — La rivière est comme ta jarretière autour de ton genou. — Maintenant j’attends inquiet qu’il reparaisse.