Un gros nuage a passé sur nous et nous a — séparés comme une mauvaise pensée — comme si nos cœurs devaient rester disjoints. — Que fait à cette heure ma Rietje ? Son esprit — s’en est allé loin, — il erre avec ses yeux vers la route poudreuse — où roule une carriole. — J’écraserai les fleurs sous mes talons, — je briserai le sabot contre une pierre.

Mais voilà qu’enfin il sort des joncs, — il se remet à glisser sur l’eau. — Rietje n’a pas cessé d’être avec moi.

J’irai dans la saulaie, je taillerai — une branche de saule, j’y ferai un bec comme à une flûte pour siffler — amoureusement sous ta fenêtre, le soir.

(1889)

LE MORTEL AMOUR

A Hector France.

Le médecin, un homme qui ne comprenait pas grand’chose à la vie, passa et dit :

— C’est d’amour qu’Izolin est malade : il convient de le séparer un peu d’avec Claribelle.

A son tour vint le pasteur. Celui-là aussi lisait mieux dans les livres que dans les cœurs. Et il dit :

— Le feu d’amour charnel le consume. C’est grand péché de transgresser le commandement de chasteté.