Alors la Dame (c’était la mère d’Izolin) entra dans le bosquet où ils étaient aux bras l’un de l’autre. Et aucun d’eux ne l’avait entendue approcher : ils se miraient demi-nus aux eaux d’une fontaine.
— O Claribelle ! ô Belle ! ton petit sein est comme un fruit rose dans les transparences de ce bassin. Vois, j’approche ma bouche. Je crois le baiser avec mes lèvres, et mes lèvres seulement effleurent l’eau. Quelle douce folie nous fit nous regarder à travers ce miroir ?
— O Izolin, prends plutôt mon petit sein dans tes doigts. Caresse-le amoureusement pendant que je mettrai ma bouche sur la tienne. Il me monte alors une salive âcre et délicieuse.
— Non, c’est trop simple, petite Claribelle. Laisse tomber ta robe ; laisse-la tomber jusqu’à tes chevilles. Et ensuite je te tiendrai sous la gorge ; nous entrerons doucement ainsi aux eaux du bassin. Nous nous apparaîtrons bien plus beaux.
Ils entendirent une voix irritée qui les appelait. Et, ayant levé les yeux, ils virent apparaître la Dame sévère. Cependant, ils ne se dépêchaient pas de se vêtir et la regardaient en souriant, dans leur innocence. Alors elle s’attendrit, et, baisant son bel Izolin sur les paupières, elle lui dit étrangement :
— Savais-tu pas que la mort est au fond de cette fontaine ?
— La mort ? fit-il en pâlissant. Je n’y vis que Claribelle.
— Ses yeux, ses yeux dangereux, ô pâle enfant, y sont restés.
Aucun des deux ne savait ce qu’elle voulait dire, et Claribelle, en regardant vers les arbres profonds, déjà appelait Izolin.
— Viens, ami, là où la mort ne pourra nous atteindre.