Mais la Dame cria :

— Va, fuis, n’écoute pas celle qui m’a pris ton cœur. Crois-moi, cher Izolin, il y a là-bas dans la maison une fontaine bien plus belle que toutes les autres. Une mère la combla de ses larmes. Et il y a au fond un trésor qu’il n’est au pouvoir de nulle Claribelle de te donner.

Elle l’avait entouré de ses bras et tendrement l’entraînait. Claribelle, en tordant ses cheveux et en pleurant, marchait derrière eux. Et elle ne cessait d’appeler de sa petite voix d’or Izolin. Mais la Dame de toutes ses forces appuyait la tête du doux jeune homme à sa poitrine, en sorte qu’il resta un peu de temps sans entendre les appels de Claribelle. Et tout à coup ensuite, il reconnut sa voix. Et comme sa mère, en voulant le retenir, était tombée, il marcha sur elle et courut vers Claribelle.

— Retournons au bassin, lui dit-il. Nous n’aurons jamais fini d’y mirer notre image.

Leur rire clair au loin sonna comme les merles et les loriots du bois.

Quand enfin ils rentrèrent dans la nuit, la Dame vit qu’Izolin à peine pouvait se traîner ; il ressemblait à une ombre ; et Claribelle avait des lèvres d’œillet en fleur. Encore une fois, elle baisa son pâle enfant sur les paupières et ensuite, insidieusement elle leur dit :

— Gentils époux, j’ai décidé que cette nuit, vous la passerez loin l’un de l’autre. L’absence est comme une huile sur le feu. Demain, votre joie sera plus grande de vous retrouver réunis.

Elle-même, avec un flambeau, précéda Izolin vers la chambre. De ses mains, elle le coucha dans ses draps, et puis, en s’en allant, elle ferma la chambre et retira la clef. Et Claribelle, dans l’escalier, vit apparaître deux femmes : leurs robes tombaient à plis droits et elles portaient un voile sur la tête ; et toutes deux, avec des flambeaux, la menèrent vers la tour.

— Bonnes servantes, leur dit-elle, où me conduisez-vous ?

— Vers votre chambre nuptiale, madame, et à la garde de Dieu.