— Bonnes servantes, dites plutôt mon tombeau, car je vois bien à présent qu’il me faudra traîner ici de tristes jours loin de mon cher époux.
Elles soufflèrent le flambeau et on n’entendit plus que le bruissement de leurs chapelets dans la nuit.
Or, en s’éveillant au matin, Izolin étendit la main et ne trouva pas Claribelle à ses côtés dans le lit. « Divine amie, pensa-t-il, ma mère avait raison : nous croirons, en nous revoyant, nous aimer pour la première fois. » Il courut vers la porte et ne put l’ouvrir. Il alla vers la fenêtre et il s’aperçut qu’on y avait placé des barreaux. « O Belle ! viens me délivrer », criait-il. Claribelle, de son côté, sanglotait sous ses cheveux, appelant son ami. Et ils ne s’entendaient pas, très loin l’un de l’autre, car le château était vaste, au fond d’une gorge. Quelqu’un me conta cette légende au pied même de la tour.
Ainsi se passa le premier jour. La Dame, au soir, apparut et dit à Izolin :
— Crois-moi, bel enfant, je n’ai rien fait là qui ne soit selon ton salut dans cette vie et dans l’autre.
Et Claribelle criant toujours après son cher Izolin, les bonnes servantes lui montrèrent le ciel.
— Prions ensemble pour Izolin, madame, car il est parti pour un long voyage.
— Non ! dit-elle, Izolin est comme moi prisonnier en ce château. J’entends battre son cœur à travers les murs.
Cette nuit-là, tandis que dormaient les femmes, elle marcha vers la fenêtre et jusqu’au matin, en se penchant sur les jardins, elle appela doucement Izolin.
Les nuits suivantes, elle ouvrit encore la fenêtre, et elle entendit un bruit de pierres qui roulaient dans le fossé. Elle n’entendit pas la voix d’Izolin. Mais, la dixième nuit, des pas légers avec lenteur s’avancèrent et puis s’arrêtèrent devant la porte.