— Claribelle !

Elle se coula entre les robes à plis droits des servantes, et comme elle n’osait élever la voix, elle souffla longuement son haleine à travers le trou de la serrure. Il connut ainsi que Claribelle était là et il aspira le vent de sa bouche comme un baiser. Et ni l’un ni l’autre ne se parlaient. Ils demeurèrent là une éternité à se baiser à travers la porte.

Personne au matin ne put expliquer pourquoi du sang avait rougi le seuil. Les murs seuls ont pu pleurer ces larmes rouges, se dirent les femmes. C’est un grand miracle et cependant on ne sait pas ce qu’il veut dire.

Et Claribelle pensait :

— Je sais bien, Izolin, que c’est ton cœur qui saigna devant cette porte.

La nuit prochaine il vint comme la veille ; ses pas s’arrêtèrent ; elle l’entendit soupirer ; et de nouveau leurs bouches se cherchèrent à travers les clous de fer. Elles croyaient se joindre l’une à l’autre ; tous deux étaient sûrs que leurs bouches vives s’étaient aimées. Et ensuite il glissa un papier par la serrure et, l’ayant porté sous la lune après qu’il fut parti, elle aperçut qu’il était teint de sang. Elle pensa : « Ce sont les doigts de mon ami qui laissèrent là couler leur vie. » Elle sut ainsi que c’étaient les doigts d’Izolin qui avaient ensanglanté la dalle du seuil. Et sur le papier une ligne était tracée : « J’ai descellé avec mes ongles les barreaux, petite Claribelle. Attends-moi à la fenêtre demain à l’heure de la lune. »

A petites fois délicieuses, elle se mit à manger le papier et elle croyait sentir passer en elle l’amour d’Izolin. Au minuit suivant, elle ouvrit sa fenêtre, et quelqu’un prudemment marchait dans l’ombre des jardins. Elle ne vit pas d’abord ce que portait Izolin ; il pliait sous le faix de quelque chose qui le faisait trébucher, et parfois il s’arrêtait et lui faisait des signes. Elle ne comprenait pas ce qu’il voulait dire. Mais il sortit de l’ombre, la clarté de la lune s’épandit et elle reconnut le charmant visage de l’époux : le vent était parfumé de l’odeur de ses cheveux. Cependant, elle n’osait lui demander ce qu’il portait sur l’épaule, car les femmes qui la gardaient avaient plus tard que de coutume égrené leur chapelet, et à peine seulement elles commençaient de dormir.

Il fit un pas ; elle vit qu’il avait pris une des échelles avec lesquelles on montait aux arbres dans le verger. Et tandis qu’avec des soins minutieux il la dressait contre le mur, déjà le cœur de Claribelle un à un descendait les échelons et volait vers lui.

La voix d’Izolin maintenant gémissait :

— O Belle ! l’échelle est trop courte. Jamais je n’arriverai jusqu’à toi. Et il n’y en a pas de plus longue dans les jardins.