Monsieur,
J’ai lu votre article sur la Cathédrale de Reims. Oui, c’est l’avis de nous tous officiers: il ne faut pas la réparer. Il faut la consolider, la recouvrir adroitement et la laisser comme un témoin de la barbarie teutonne. Il faut y transporter les ossements des soldats épars sur les champs de France. Il faut inscrire, en lettres d’or, sur des plaques de marbre noir, les noms des héros morts pour la Patrie. Il faut entourer cet ossuaire, des canons pris à l’ennemi, mis debout et reliés par des chaînes fondues dans du bronze allemand. Et que tous les ans, à la date de la signature de la paix, proclamant l’écrasement de l’Allemagne, la France aille s’agenouiller devant les morts; et que l’Armée envoie ce jour-là tous ses drapeaux, avec une délégation d’officiers et de soldats, saluer les héros.....
C. T.
Les effets de la consultation portèrent surtout sur ces deux points:
Faut-il réparer la ruine sublime?
Faut-il en faire une sorte de Panthéon national pour les héros inconnus morts pour la Patrie?
Presque toutes les réponses furent affirmatives, trois d’entre-elles, celle de Rodin, de Roll, et d’Edmond Haraucourt, que nous publions ci-dessous, résument magnifiquement sous une forme concise et forte, toutes les autres que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici, faute de place, et qui sont signées des noms de MM. Cormon, Jean Richepin, Comtesse de Noailles, Emile Vandervelde, Gustave Geffroy, Emile Verhaeren, Steinlen, Waltner, Henri de Régnier, Albert Besnard, Luc-Olivier Merson, Arsène Alexandre, Frantz Jourdain, J.-H. Rosny, Aulard, Camille Mauclair, Remy de Gourmont, Joseph Reinach, Gabriel Fauré, Alfred Bruneau, Charles Morice, Edmond Rostand, Jean-Paul Laurens...
LETTRE DE RODIN
L’idée de défendre les ruines de la cathédrale de Reims contre toute restauration sacrilège et d’en faire le Panthéon des héros inconnus morts pour la Patrie, et dont les ossements sont aujourd’hui dispersés à travers tous les champs de bataille, est tout simplement sublime. J’y applaudis bien vivement comme aussi au projet de cette cérémonie annuelle où la France précédée par les drapeaux des régiments, irait s’agenouiller devant le glorieux ossuaire. Ce serait une sorte de sacre nouveau, et comme vous le dites, très justement, la vieille basilique mutilée, mais non défigurée par de profanes restaurations, verrait se renouer à travers l’histoire, les anneaux brisés de ses traditions nationales. Ce projet grandiose né dans l’âme d’un soldat et fait pour émouvoir l’âme de la France entière, doit aboutir.