Président de la Société Nationale des Artistes français.


LETTRE D’EDMOND HARAUCOURT

Un homme que je ne veux pas nommer et dont le monde entier a entendu la voix, osa dire: «Nous referons la cathédrale de Reims; nous fournirons l’argent nécessaire». S’il est de ceux qui croient qu’on refait tout avec de l’argent, nous n’en sommes pas; nous sommes de ceux qui pensent qu’on ne refait pas des reliques: Reims en était une et des plus pures, trois fois sacrée, pour l’Art, pour la Religion et pour l’Histoire. Elle racontait en pierres les phases de notre évolution; toute l’âme française était écrite là, avec sa foi, son art et son histoire—que vient-il de lui arriver? De l’être davantage encore. Ce qu’elle a perdu de sa beauté—perte irréparable—elle l’a regagné en grandeur—grandeur inoubliable. Elle raconte une heure de plus, et cette heure-là compte parmi les plus magnifiques de la Nation et de la Race.

La voilà donc un peu plus sacrée encore, et encore plus légendaire. Plus que jamais il n’y faudra toucher qu’avec respect: la consolider, l’étayer, empêcher qu’elle ne croule, c’est tout ce que nous avons le droit de faire.

Elle était par sa valeur artistique le Parthénon du Christ, elle devient, avec ses blessures, le Temple de la Patrie. Laissons-lui pieusement ce caractère et, qu’on vienne vers elle en pélerinage. De toute ma foi de patriote et d’artiste, je me rallie au projet formulé dans la lettre du soldat anonyme.

Edmond Haraucourt,

Conservateur du Musée de Cluny.


Certains de nos correspondants comme MM. le Dr Langlet, maire de Reims, Louis Bonnier, Aulard, Henry Lapauze, Étienne Moreau-Nelaton, ou bien combattent nettement le projet, ou font des réserves sur certains points de détail, en s’appuyant sur des raisons d’ordre philosophique, légal, esthétique, sentimental ou même hygiénique... Toutes sont fort respectables.