Il était six heures lorsque Cady entra dans le grand salon de Marie-Annette, lequel, ainsi que la galerie, était plein de visiteuses et de quelques hommes qui, par groupes, causaient, flirtaient et mangeaient.
Une odeur lourde de fleurs, de liqueurs, de thé, de parfums régnait dans l’atmosphère des trois pièces, qui n’étaient pas des plus vastes.
On jouait au bridge dans la salle à manger, et, à l’entrée de l’office, le maître d’hôtel russe de Marie-Annette, la figure rasée, les pommettes saillantes, des yeux obliques de Mongol, servait le champagne exquis, les mille riens exotiques, rares, biscornus, qui étaient le renom des « troisièmes et quatrièmes jeudis » de la jeune femme.
Cady avait pris le temps de monter chez elle, de se coiffer et de passer une robe élégante. La démarche lente et souple, un peu pâle, les yeux emplis d’une joie mystérieuse, elle attirait invinciblement l’attention.
Le docteur Trajan, qui volontiers perdait parfois une heure dans le salon pittoresque de Mme de Montaux, la retint au passage.
— Sapristi ! que l’amour vous va bien ! dit-il bas, avec admiration.
Elle élargit des yeux candides, sans mot dire. Il poursuivit :
— Vous n’avez aucune considération pour l’ami que j’ai toujours été pour vous. Autrement, vous vous installeriez gentiment près de moi, et vous me raconteriez votre après-midi, ce qui a mis une pareille lueur dans vos yeux, un pli aussi adorable à vos lèvres.
Cady restait debout, souriante, imperturbable.
— Ce que j’ai fait aujourd’hui ? Oh ! c’est bien simple. Je ne suis pas sortie de chez moi, j’ai un peu lu, un peu dormi, beaucoup bâillé… Je me suis habillée pour venir ici, et voilà…