Il secoua la tête, les yeux toujours attachés sur elle.

— Menteuse !

Marie-Annette, qui avait aperçu sa cousine, abandonna sans façon trois personnages graves pour courir au-devant d’elle.

— Comme tu as tardé ! J’ai mille choses à te dire !

Elle entraîna Cady dans un angle du petit salon, jetant en passant à Mme Durand de l’Ile, qui conduisait des visiteurs à la table à thé :

— Chère amie, occupez-vous de ces braves Monjolin, je vous en prie… J’ai à causer avec Cady.

Les relations de Marie-Annette étaient les plus variées que l’on pût imaginer. Malgré le scandale que leur causait la bande spéciale des camarades de Marie-Annette, jeunes femmes excentriques, jeunes hommes faisant du sport comme on se grise, tout un clan de bourgeoisie correcte, de magistrature gourmée, de fonctionnaires sans fantaisie, persistait à fréquenter le salon de la jeune femme bien apparentée, et qui n’était pas sans influence directe et indirecte dans les milieux gouvernementaux.

Mme Durand de l’Ile, toujours fidèle au poste, était le tampon entre les gens corrects, les toqués et les flirteurs à outrance qui se disputaient la place. Avec son empressement infatigable, son affabilité inaltérable, elle comblait les lacunes de réceptions où Marie-Annette, toute à ses caprices, délaissait volontiers la plupart de ses visiteurs pour s’isoler avec quelques-uns.

Triomphante, celle-ci déclara à Cady :

— Je sais en compagnie de qui tu as déjeuné !…