— Oh ! mais, vous êtes idiot, à la fin !… Qu’est-ce que ça veut dire tous ces mots-là ?… Je me suis « abandonnée » !… Vous m’avez « eue ». Vous m’avez « possédée » ! Laissez-moi vous dire une chose, mon petit… c’est des expressions stupides, qui ne signifient rien du tout !… Car je vous assure bien que certains souvenirs — qui n’ont rien de désagréable, du reste — ne me laissent aucunement l’impression que je vous aie donné le moindre droit sur moi !… Pas plus que je ne vous ai « pris » vous ne m’avez « prise » !… Nous avons été durant quelques instants des camarades… un peu intimes, il n’y a pas autre chose !… Ne cherchez pas à travestir cela, et à nous affubler de grands sentiments qui jurent absolument avec notre aventure très banale, très quelconque… Vous êtes un gentil garçon, et je vous sais au fond trop bien élevé pour que vous vous entêtiez à me rappeler ce que je veux — non pas oublier — mais passer désormais sous silence… Nous étions « avant » cousins par alliance, à présent, nous le sommes encore, rien de plus !… Ça vous va ?… Mais oui, ça vous va, ne faites pas la grimace, et embrassez-moi…

Il hésita, puis l’enveloppa de ses bras.

— Ah ! Cady !

Elle se dégagea.

— Non, pas comme cela… Un petit baiser de rien du tout… Oui, bon, cela suffit… Oh ! que c’est bête !… Je suis sûre que je n’ai plus du tout de poudre sur cette joue-là !…

Et elle s’enfuit dans sa chambre réparer le dommage. Quand elle revint, Paul de Montaux était étendu, songeur, dans un fauteuil. Il dit, sérieux :

— Je vous assure que j’ai beaucoup de chagrin… Je tenais à vous plus encore que je ne l’imaginais. Je le vois à présent que j’ai l’idée nette que je vous perds… Si, réellement, vous avez éprouvé si peu de tendresse pour moi, vous n’auriez pas dû m’accorder… tant !… Car, malgré ce que vous dites, je persiste à estimer que j’ai eu beaucoup de vous…

Elle le considérait avec surprise.

— Je ne vous aurais pas cru aussi sentimental, dit-elle sans ironie.

— Moi non plus.