Elle s’assit, les yeux dans le vide, songeant…

— Je n’ai eu aucune mauvaise intention envers vous, Paul… J’ai agi, mon Dieu, il m’est impossible de dire pourquoi… Parce que, depuis toujours, je vais devant moi, au hasard de ce qui me tente… sans jamais réfléchir avant ; sans vouloir y penser après… Tout, dans la vie, a si peu d’importance !…

— Croyez-vous ?… Cependant, c’est quelque chose pour une femme de prendre un amant… Si ce n’est à l’égard de cet amant, au moins pour son mari… Si vous ne m’aimiez pas, si vous ne me jugiez digne que d’une amourette sans lendemain, comment, pour si peu, avez-vous eu le courage de détruire le bonheur d’un homme qui vous adore ?… Si vous n’avez nulle compassion pour moi, comment n’éprouvez-vous pas de pitié pour Renaudin ?…

Elle haussa les épaules avec lassitude.

— Je ne touche aucunement au bonheur de Victor… Jamais il ne se doutera de quoi que ce soit… Vous voyez, Paul, que j’ai confiance en vous ?

Il s’inclina.

— Vous avez raison, je ne suis pas un goujat… Mais vous vous trompez en supposant que votre mari restera toujours aveugle… Un jour fatalement, il apprendra, il comprendra…

Elle dit « non » sèchement, et ajouta avec une certaine véhémence :

— Non, j’en suis convaincue !… Mais, après tout, s’il arrivait qu’il se doutât… soyez sûr qu’il ne me reprocherait rien !… Il me connaît depuis mon enfance, et je vous assure que ce n’est pas ce qui peut inciter un mari à dormir sur les deux oreilles !…

— Je sais que, en effet, vous fûtes une enfant terrible.