— Et alors…

Félix Argatte continua, amusé, un cigare aux lèvres, les yeux attachés sur la conteuse :

— Et alors !… On dirait un gosse qui raconte !

De l’autre côté de la jeune femme, sur le canapé où ils étaient tous trois assis, Montaux, souriant avec complaisance, observa :

— C’est une gosse aussi, je vous en réponds !… C’est pourquoi on lui pardonne toutes ses méchancetés…

— Taisez-vous donc ! s’écria Cady. Laissez-moi finir mon histoire !… Est-ce qu’elle vous embête ?

— C’est-à-dire, fit Argatte, que c’est votre psychologie à vous qui est intéressante là dedans. Car, au fond, qu’y a-t-il dans votre anecdote ?… Un pauvre bonhomme vous a suivie, abordée, il a cru vous trouver favorable à son désir — naïf, en somme — il vous a confié toute son histoire, ses peines de cœur, il vous a supposée émue, il s’est ému lui-même, il pensait avoir trouvé en vous une amie… et puis, après l’avoir fait marcher à fond, vous être promise, lui avoir fait espérer non seulement une heure de joie, mais une liaison durable, qui l’enchantait, vous avez filé, lui donnant un rendez-vous illusoire…

— Ce que vous narrez bien !…

— Eh bien, je vous le répète, ce qu’il y a là dedans de curieux — car, lui me fait pitié…

— Ame sensible !…