Un désir angoissé de la reconquérir, au moins par la confiance, de la forcer à se livrer à lui intellectuellement le possédait.

Et, sournoisement, il usa de ces secrets d’obscure sensualité qui les liaient tous deux indiciblement. Sans ajouter une parole, il l’enlaça avec une douceur féminine, frôla les doigts menus, les bras dont elle lui abandonnait — encore indifférente — la nudité, baisa d’une bouche légère le visage, le cou, les cheveux… ses lèvres paraissant l’envelopper d’une caresse suprême, son souffle la buvant…

Il n’y avait pas là seulement des baisers irréfléchis d’amant passionné, mais une sorte de rite sensuel, à la signification mystérieuse et profonde.

Dans la clarté très atténuée de ce coin de pièce, grâce à l’ardeur qui le possédait, les traits de Jacques se paraient d’un semblant de jeunesse ; il redevenait le beau Laumière d’autrefois.

D’ailleurs, Cady, les yeux clos, ne le regardait pas. D’abord insensible, glacée, elle avait, peu à peu, perçu plus nettement, plus fermement le charme voluptueux dont on l’entourait…

Elle demeurait immobile, passive ; cependant, enivré d’orgueil, Jacques devinait que, graduellement, sans répondre à son étreinte, elle l’acceptait néanmoins…

Et, tout à coup, elle parla d’une voix blanche, enfantine, qui semblait s’échapper des lèvres de la fillette de jadis.

— Jacques, tu te souviens de l’appartement que mes parents occupaient rue Pierre-Charron, quand j’étais gosse ?… Tu te souviens d’une femme qui habitait en face, sur la cour ?… Une femme chez qui tu es allé plusieurs fois avec un grand Russe, qui venait aussi dîner chez nous… Tu te souviens ?…

Il l’écoutait, troublé, pressentant que sous ces paroles banales, mais inattendues, quelque chose de menaçant se cachait, allait sourdre, peut-être cruel, peut-être terrible…

Il oubliait de répondre. Elle insista :