En réalité, elle installait en cachette le minuscule et bizarre appartement qu’elle avait loué à l’entresol d’une vieille maison du passage Porsin pour y dissimuler ses amours ; et, malgré ses efforts, son impatience, l’emménagement se prolongeait au delà de ce qu’elle avait prévu.

Cependant, elle persistait à ne rien révéler à son ami, escomptant la surprise joyeuse qu’il aurait à l’heure où elle l’amènerait dans ce gîte complètement paré, et qu’elle aimait déjà avec une frénésie toute particulière, bien différente de l’apathie avec laquelle elle avait présidé à l’installation de son intérieur conjugal.

Dans le logis clandestin, elle retrouvait l’entrain d’une fillette jouant au ménage. Là seulement elle se sentait chez elle, et se livrait avec goût, avec enthousiasme, à mille travaux qui lui eussent paru fastidieux chez Victor Renaudin.

Son existence était bouleversée. Au lieu de se lever tard, de paresser ou de lire dans sa chambre pendant toute la matinée, d’employer ses après-midi en courses ou en visites, elle s’échappait de l’appartement du quai dès que Victor était sorti, et ne rentrait, les yeux brillants, l’esprit envolé, les cheveux en désordre, les doigts salis et meurtris de coups de marteau maladroitement appliqués, les jambes rompues de fatigue, qu’à la minute précédant celle où le juge revenait pour les repas.

Pour l’arrangement de ces quatre pièces telles qu’elle les rêvait, il lui fallait courir les magasins, harceler les ouvriers, et, à leur défaut, faire la besogne elle-même, ce qui l’enchantait.

L’attrait de cette occupation finissait par dépasser celui qu’elle attendait des heures d’amour qui suivraient en ce lieu ; ou, pour mieux dire, l’évocation de celles-ci se mélangeait si intimement avec chacun des détails de l’installation que c’était sans doute ce qui en faisait le charme puissant.

Si bien que, malgré son impatience de tout terminer, son irritation des retards étrangers à sa volonté, Cady éprouvait néanmoins un sourd regret de voir s’écouler ces heures délicieuses, dont elle emportait jusque chez elle le souvenir toujours attrayant, toujours cher, toujours nouveau…

Cependant tout était réuni et mis à sa place. Quelques heures suffiraient pour les derniers rangements qui donneraient au logis neuf l’air intime et habité, l’aspect d’avoir déjà abrité des heures d’amour et d’affection, le quelque chose d’indicible qui fait que l’on a l’impression d’être chez soi.

Le lendemain, Georges, convoqué, viendrait au rendez-vous, devant la porte par laquelle elle le guiderait chez eux.

Or, réservant pour cet après-midi divers soins et rentrant quai du Louvre à l’heure du déjeuner, elle eut la désagréable surprise d’y trouver son mari qui l’avait devancée.