— Oui, enfin, à tes moments perdus !…

— Comprends donc !… On ne pense pas aux gens à volonté… Ça vous vient tout seul… Eh bien, ton souvenir, ton idée plutôt, elle me surprenait comme cela, brusquement… Oh ! à de moments très différents… Quand je m’amusais bien, que, par hasard, je n’avais pas de soucis, pas d’embêtements, de la galette plein mes poches, que je pouvais me payer de la flemme… « Cady » ! que je me disais… et ça m’ajoutait comme un rayon de soleil… Et de même, aux minutes où ça tirait dur, où je flanchais, qu’il me paraissait que j’étais à bout… Alors, ta petite figure ancienne, je la revoyais… Il me semblait que tu te penchais sur moi, sérieuse, avec de bons yeux, et que tu me disais comme autrefois : « Pauvre gosse ! »… Alors, je sentais que je pouvais durer encore…

Les lèvres dans le cou de son ami, elle songeait, se laissant aller au cours de ses propres ressouvenirs.

Puis, soudain, tout s’effaça ; elle ressauta sans transition à leur premier sujet de conversation.

— Tu disais que ton ami nous ferait un cabinet de toilette très chic ?…

— Oui.

— Mais, peut-être pas avec une baignoire ?

— Si, avec une baignoire, un machin pour chauffer l’eau, et puis un truc pour la douche… et des faïences tout autour et par terre… Quelque chose comme j’ai vu chez lui, c’était très riche.

Elle se trémoussa, ravie.

— Oh ! ce sera épatant !… Figure-toi que sur le quai, notre vieille baraque n’a rien de ça, et que jamais Victor n’a voulu entendre parler de m’installer des bains… Il dit que quand on l’a sous la main, on en prend trop, que ce n’est pas sain, et que mon tub, c’est mieux.