— Dis comment tu rêves qu’on vivrait si l’on était ensemble tout à fait ?…
Et, pendant de longues minutes, ils bâtirent des projets dorés, absurdes, captivants, emportés bien au delà des réalités, négligeant celles-ci résolument pour s’envoler dans le songe lumineux… redevenus enfants, plus enfants encore que jadis… singulièrement chastes et simples dans leurs imaginations, malgré tous les germes impurs que la vie avait déposés en eux.
Cependant le réveil — un réveil neuf, intact, celui-là, — vint sans pitié les arracher à leur songe, leur rappeler qu’il fallait une fois encore se séparer, reprendre chacun son masque.
Cady étreignit son ami ; et, de nouveau, plus sérieusement qu’auparavant, offrant vraiment toute son existence, elle proposa :
— Veux-tu que je reste ?
Il eut un petit frisson intérieur, saisissant la gravité de leur dialogue. Ils demeurèrent pendant quelques instants en un silence plein d’anxiété.
Puis, il secoua la tête, deux larmes parurent sous ses cils baissés, il prononça avec une infinie désolation :
— Non, Cady, tu ne dois pas… Je ne vaux pas cher, et je finirai mal, c’est certain… Il faut que tu puisses m’oublier… me renier le jour où ça deviendra nécessaire.
Elle posa ses deux mains sur les épaules du jeune homme et approche son visage. Il sentit son haleine tiède sur son front.
— Tu crois qu’un jour viendra où je t’oublierai ?