— Moi, je sais pourquoi je t’aime… Tu es tout ce qui est bon et beau, presque pas vrai dans ma vie… Mais moi ?… Qu’est-ce que je suis pour toi ?… Si je n’étais que ton vice, ça me ferait de la peine.
Elle rattachait ses cheveux, les bras levés, frêles, mais délicatement arrondis. Et, sous les frisons, les ondulations de la chevelure qui rabattait sur son front, ses yeux paraissaient plus sombres, son épiderme plus fin, un rien ambré par l’éclairage spécial de la pièce. Elle dit sans hâte, s’interrogeant :
— Non, ce n’est pas cela… Il y a de cela, mais ce n’est pas tout… Et encore, peut-être même que ce n’est pas du tout cela… tu sais ?… Si tu étais un autre qui aurait tous tes défauts, cela me choquerait, tu me déplairais sûrement… C’est parce que c’est toi que j’admets tout.
Il la considérait attentivement, cherchant sur ses traits au delà de ce qu’elle disait.
— Mais, ce « moi » là, pourquoi l’aimes-tu ?
— Je pense, à cause de l’ancien temps… On n’avait personne pour s’occuper de nous… On était comme frère et sœur… On s’est habitué l’un à l’autre.
— C’est de l’amitié, ça, ce n’est pas de l’amour… Pourtant, tu m’aimes d’amour ?
— Je ne sais pas… Oui… Peut-être que non, après tout… C’est plus fort, plus profond que l’amour comment je t’aime, Georges.
— Cependant, si on disait qu’on ne se caresserait plus, ça te ferait quelque chose ?…
Elle haussa les épaules, subitement impatientée.