— Cady, qu’est-ce que tu penses de ce qu’on appelle la vertu ?
— Dame ! ce sont des conventions… qui dépendent du moment, des sociétés… et qui, même quand elles sont soi-disant acceptées n’existent que pour la montre, le dessus… et qui n’empêchent point les gens en dessous de se conduire comme il leur plaît.
— J’ai lu un livre, une fois, qui m’avait paru très bien… En vérité, je crois que si tout le monde vivait comme il disait que ce serait pour le mieux, chacun serait plus heureux.
— Oh ! en théorie, ça ne fait pas de doute !… Seulement, vois-tu, en pratique, ce n’est plus ça…
— En somme, ça ne devrait pas être… Oui, je comprends pour ceux qui naissent au hasard, dans la mouise, avec rien autour d’eux que de la fripouille… Des idées honorables, ça ne serait pas juste de leur demander d’en avoir… Où est-ce qu’ils les auraient prises ?… Mais, quand c’est du monde d’un milieu propre, pourquoi sont-ils aussi cochons que les autres ?
Cady haussa les épaules.
— Mon petit, tu crois que ça foisonne les milieux vraiment propres ?… Oh ! naturellement, tu verras des dehors, des apparences épatantes, mais au fond !… Les façades, évidemment, on les soigne, mais par derrière !… Il y a plus d’apaches que tu ne penses dans le monde, va !… Alors, qu’est-ce que tu veux ?… Les enfants grandissent avec ces idées-là… ils imitent forcément ce qu’ils ont vu faire… et, à leur tour, ils forment d’autres petits à leur image.
— Pourtant, il y a des gens vraiment honnêtes à tous les points de vue.
— Cela, sûrement, ça serait absurde de dire le contraire… Seulement, ils ne sont pas faciles à trouver.
Georges rêvait.