Soudain l’exclamation rauque et criarde d’une voix féminine éraillée leur fit lever la tête.
Dans un fiacre découvert, une femme — une fille en cheveux, le cou découvert noué d’un ruban rouge — se dressait entre deux hommes : un long type à casquette verte, avachi sur les coussins, et un individu court, musclé, râblé, très brun, le nez large, épaté, les cheveux noirs frisés débordant du melon crasseux, un sourire ironique sous la moustache ronde coupée en brosse.
— Romain !… Hé, Romain ! t’es rien chic, ce matin ! s’écriait la femme en gesticulant.
Le petit brun la fit rasseoir brutalement en murmurant des paroles qu’on n’entendit pas. La voiture s’éloignait, ils disparaissaient. Cady, les yeux élargis, contemplait Georges qui était pâle et montrait des traits bouleversés.
— Comment t’a-t-elle nommé ? fit la jeune femme brièvement.
Il détourna la tête, balbutiant :
— Est-ce que je sais !… Je ne la connais pas… Elle est saoule…
Cady n’insista pas. Ils poursuivirent leur route en un silence découragé, les membres douloureux et las. Georges arrêta le premier fiacre qui passa, et donna l’adresse de Mme Darquet, rue de la Boétie.
— Je descendrai place de l’Étoile… ou plus tôt, si tu veux, dit-il bas, avec humilité.
Cady ne répondit pas. Un temps assez long s’écoula. A tous deux, il semblait que le ciel s’était terni ; une fraîcheur glaciale se dégageait du bois ; une odeur de mort montait du sol encore détrempé par les pluies d’hiver, aux endroits ombragés.