— C’est délicieux, idéal ! s’exclamaient des voix de femmes, exagérant encore leur ravissement réel.

On descendait du train, en avalanche élégante, claire et bruissante. Hubert Voisin, enchanté de ce premier succès, confiait à voix très haute :

— Oui, oui, dans cette nature très belle, mais aride, on a accompli des miracles en trois mois !… Qui ?… Trente jardiniers de la Ville de Paris, qui avaient sous leurs ordres quatre cents ouvriers du pays… Et, ici, ce n’est rien, vous verrez ce qu’ils ont su réaliser autour du Printemps-Palace, et s’il est bien nommé !… Trois trains entiers ont apporté de la banlieue parisienne le terreau, les plaques de gazon nécessaires pour les massifs et les bordures… Les rosiers viennent de Lyon, les géraniums et les ageratums des cultures du Nord, les palmiers d’Algérie…

Sa voix se perdit au milieu du ronflement des autos combles qui s’élançaient sur la route en pente.

Toute la jeune rédaction du Paris-Soir, transformée en une sorte de comité organisateur de cette fête du Tout-Paris transporté en une nuit sur la côte de splendeur, se multipliait, s’ingéniait à régler les départs, à calmer les impatiences, à détourner les colères, à prévenir ou pallier les froissements inévitables.

Guidée par Félix Argatte, Cady était partie l’une des premières. Elle goûtait avec ivresse la caresse du soleil déjà très chaud, de l’air saturé des parfums de la mer et des pins…

Mais, tandis que ses yeux se rassasiaient du paysage accidenté que l’on traversait, que ses paroles chantaient gaiement son enthousiasme, le jeune avocat ne regardait qu’elle…

Tous deux étaient assis à l’avant de l’automobile, auprès du chauffeur, et cette quasi-solitude leur laissait toute liberté de langage. Comme Cady insistait pour qu’Argatte admirât le ravin pittoresque que l’on allait quitter, il feignit une impatience :

— Eh ! laissez-moi tranquille !… Que diable voulez-vous que cela me fasse, ce trou, ces cailloux, ces fagots sur pied ?… D’abord, j’ai horreur de la nature, je ne la comprends que traduite sur toile… Et puis, je ne suis ici que pour vous… C’est pour vous seule que j’ai fait le voyage.

Elle rit ironiquement.