— Tiens, ça rappelle l’exposition annuelle des Galeries Lafayette ou du Louvre… Mais, ça manque de dentelles et de gants…
Cady haussa les épaules, outrée.
— Vous êtes décidément stupide !…
Argatte désigna avec approbation, à droite de la route, les bâtiments bas du casino, perdus sous les eucalyptus et les mimosas, dont les terrasses abritées de stores blancs s’allongeaient presque au ras de la mer.
— Voilà qui est vraiment bien compris pour y fumer un cigare en regardant passer de jolies femmes.
Cady ne répondit pas. Dans l’auto qui suivait la leur, elle avait aperçu Georges, en nombreuse compagnie de théâtreuses et de cabots aux traits caractéristiques.
On arrivait. La voiture gravissait la pente et s’arrêtait devant l’immense perron ; tandis que douze nègres, en costume oriental, se précipitaient pour ouvrir les portières. Par les embrasures de la rotonde vitrée du restaurant, on voyait l’ensemble des petites tables nappées de blanc, des fleurs, des plantes vertes, les vestes rouges des tziganes. Et, précisément, ceux-ci se mirent à jouer, au moment où, d’un geste pareil, Cady et Georges sautaient à terre et posaient le pied tous deux les premiers sur l’escalier du somptueux Printemps-Palace.
XXV
Le soir de l’inauguration du Printemps-Palace, l’affluence était énorme. Les invités de Paris ne formaient qu’un infime noyau au milieu de la multitude dense qui était accourue de tous les points de la région pour cette fête annoncée avec tapage, et autour de laquelle on avait réussi à créer de la curiosité.
Après le banquet, il y avait simultanément bal dans la grande galerie des fêtes du palace, représentation dans la salle de théâtre, concert symphonique dans le parc illuminé, tziganes dans le hall du casino, séance de petits chevaux ; et, sur la mer, sorte de merveilleux cinématographe, c’étaient sans discontinuer, des passages de barques décorées et illuminées, alternant avec des feux d’artifice.