Toutes les salles étaient combles, le parc, les terrasses débordaient, et dès minuit, on soupait partout. Il y avait en cette foule, habituée des redoutes et des veglioni, une gaieté de carnaval un peu folle, un rien brutale. Les groupes amis se séparaient, se disséminaient parmi les inconnus. Chacun courait à l’aventure, et, parfois, « l’aventure ». Il y avait des rencontres, des surprises, des promiscuités singulières. Quelque chose de sensuel, de capiteux circulait dans l’air doux, violemment parfumé par la masse des fleurs lasses de la chaleur de l’après-midi et qui achevaient d’agoniser, ou reprenaient une nouvelle vigueur dans la nuit où elles épandaient éperdument leur senteur intime, toute leur âme de plantes.

Cady et Georges n’auraient su dire comment ils s’étaient rencontrés, à la faveur de quel hasard ardemment provoqué ils avaient pu s’éloigner au bras l’un de l’autre. D’abord, s’isoler dans la foule étrangère ; puis, insensiblement, quitter les salles, le parc, franchir une enceinte, traverser des jardins, sauter un mur de terrasse et se trouver, lui en habit, elle en robe décolletée, sur des galets de la grève, au ras de la mer, dont les imperceptibles vagues venaient déferler à leurs pieds en chuchotant discrètement.

Déjà, la paix et le silence étaient délicieux, ayant presque raison du bruit des musiques, des éclats du feu d’artifice, du tumulte confus de tant de voix mêlées là-bas…

Et ils avaient encore avancé, très vite d’abord, pour fuir… Puis, ils ralentirent le pas, et ils flânèrent côte à côte, en échangeant des paroles et des rires tout bas, moins par crainte d’être entendus que pour mieux s’harmoniser avec la douceur de la voix de la mer, avec celle de la toute légère brise, avec la caresse du craquement furtif des bambous, des palmiers, des platanes de la route située là-haut, très haut au-dessus de la berge.

Ils étaient allés si loin que, vraiment, à présent, l’écho de la fête ne leur parvenait plus du tout.

Autour d’eux, tout dormait, et l’on se sentait en pleine Provence, hors de la zone bouleversée, cosmopolisée par le luxe et les embellissements étrangers.

Georges désigna du doigt, le long de la plage, une rangée de maisonnettes disparates, en bois, en briques, montées sur pilotis, avec des vérandas, des escaliers, des recoins sans nombre, tout cela s’appuyant l’un sur l’autre, se chevauchant, semblant se bousculer, trop à l’étroit, bien que rien ne parût les obliger à se serrer ainsi.

— Des cabanons…

Et il expliqua. Ces maisonnettes étaient fréquentées seulement le dimanche, par des amateurs de pêche et de bouillabaisse. Tous citadins de la ville la plus proche, bons bourgeois et nervis pêle-mêle, coude à coude, ils venaient s’entasser les uns près des autres pour boire, manger, chanter, ripailler des heures durant, exagérément, en consommant surabondamment des coquillages, des tomates, des melons, des pastèques, des vins du cru, des bouillabaisses sortant de la mer et fricassées à la minute.

Cady monta des degrés dont les rampes étaient couvertes de plantes retombantes.