— C’est gentil, ici.

Une fragile serrure à la porte à claire-voie donnant sur une terrasse, ne résista point à l’effort bref de Georges. Des sièges en rotin, délabrés mais encore confortables, faisaient face à l’étendue sombre et lisse qui recevait la traînée lunaire étincelante.

Ils s’installèrent, enlacés, en une attitude de tendresse blottie qui leur était si familière qu’ils l’obtenaient immédiatement, leurs corps semblant modelés l’un pour l’autre.

Et parce qu’ils s’aimaient plus que tout, parce que le soir était incomparablement beau et l’heure si rare que l’on sentait obscurément, mais puissamment, qu’elle ne se renouvellerait peut-être plus jamais dans le courant inéluctable de l’existence, leur étreinte était chaste comme celle de deux enfants très purs, sans mère, et emplis de besoin de tendresse.

— Cady, fit Georges soudain au milieu de paroles quelconques. Quand je ne serai plus là, tu ne prendras pas d’autre amant, n’est-ce pas ?

Elle répondit « non » simplement, sans s’étonner de cette question inopinée. Tous deux, sans vouloir jamais s’y appesantir, envisageaient toujours le précaire de leur liaison. Sans se la représenter, ils sentaient leur séparation forcée dans l’avenir.

Il poursuivit :

— Je voudrais que le jour où ça sera, tu deviennes subitement très vieille, avec plus rien dans ta tête qu’un souvenir de moi, un petit peu vague, et qui alors serait doux, qui ne te ferait pas de chagrin…

— Et toi ?

Il fit un geste insouciant.