Durant la soirée, ses flirts l’avaient distraite de l’obsession de son unique pensée ; mais, à présent, dans la solitude, l’idée de Georges, l’attente du lendemain, son impatience de le voir, sa superstitieuse terreur que quelque chose vînt fatalement entraver leur rencontre s’abattaient sur elle et l’exaspéraient.

Certainement, agitée comme elle l’était, elle ne pourrait dormir !… Des larmes d’énervement baignaient ses yeux. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas supporter ces heures odieuses qui la séparaient cruellement du moment fixé pour le rendez-vous !…

Cependant, dès qu’elle eut la tête sur l’oreiller, un sommeil profond la saisit, l’immobilisa, comme morte.

Au matin, dans un demi-assoupissement, elle entendit Victor ouvrir avec précaution la porte de communication et se retirer ensuite sans avoir le courage de la déranger.

De nouveau, le sommeil l’engourdit.

Quand elle ouvrit les yeux, le soleil dardait par toutes les issues possibles des rayons francs et radieux. Elle sauta à bas du lit. Neuf heures ! Quelle joie ! Elle avait à peine deux heures à souffrir le supplice de l’attente !…

Mais elle était si fébrile, qu’une demi-heure plus tard sa toilette était déjà terminée ; elle était habillée pour sortir. Elle renvoya la femme de chambre, que ses façons inusitées intriguaient visiblement. Elle essaya de lire, pour passer le temps, ne put comprendre une ligne, rejeta le volume avec dépit, et, désœuvrée, ouvrit la porte-fenêtre et s’accouda au balcon.

Elle eut un choc, un frémissement presque douloureux, et quand même délicieux, dans tout son être… En bas, en face, sur le trottoir du quai, Georges se promenait, un journal à la main, feignant de lire. Il leva furtivement la tête…

Et l’anéantissement de Cady était tel qu’elle demeura quelques instants sans mouvement, sans force, sans volonté…

Puis, d’un bond, elle rentra dans la chambre, piqua au hasard un chapeau sur sa tête, s’enveloppa de fourrures, et dégringola l’escalier comme une fillette qui sort de l’école.