Georges la croisa sur le trottoir et, sans paraître l’aborder ni la regarder, il lui dit rapidement :

— Prenez le passage Porsin par la rue Croix-des-Petits-Champs… Vous me trouverez à l’extrémité, du côté de la rue Jean-Jacques-Rousseau.

Il était déjà loin. Elle restait interdite à la même place. Bien qu’elle eût une vague idée que ce dût être tout près, elle ne savait pas clairement où se trouvaient les rues et le passage qu’il lui indiquait. Elle éprouvait une petite colère de sa prudence. Pourquoi ne l’accompagnait-il pas ?… Elle se souciait bien d’être vue ! Et par qui ?… Les concierges, les boutiquiers de la maison… Est-ce que l’opinion de ces gens comptait pour elle !…

Avec lenteur, boudeuse, elle gagna la rue du Louvre, et questionna un agent qui sourit et lui indiqua sa route avec de méticuleuses explications.

Le passage Porsin la stupéfia. Elle croyait être dans quelque lointaine province. On regardait avec curiosité cette passante inconnue. Il y avait un marchand de vieux meubles qui semblait sorti d’un roman de Dickens ; un magasin de parapluies qui, certes, n’ouvrait pas trois fois par an à des acheteurs ; une pâtisserie-confiserie où séchaient d’invraisemblables produits.

Elle traînait le pas, amusée et peu à peu séduite. Comme elle était loin de Paris, de sa vie habituelle !…

Mais, soudain, tout s’envola, tout disparut autour d’elle. Georges, inquiet du temps qu’elle mettait à le rejoindre, venait d’apparaître à l’extrémité du passage.

Ils se regardèrent, se sourirent. Il prit son bras d’un geste de tendre possession et l’entraîna.

— Viens… ici nous n’avons rien à craindre.

Il la faisait entrer dans le couloir sombre d’un petit hôtel. Au premier étage, ils pénétrèrent dans une chambre encombrée de meubles, demi-obscure à cause du peu de largeur de la rue, et des stores de guipure épaisse, des rideaux de laine à ramages à moitié tirés devant les deux fenêtres.