— Assez ! ferme !… Je te dis qu’aujourd’hui je veux t’écouter, me griser d’être là, comme cela, dans tes bras… J’étais si loin de croire que je te reverrais !
— Tu m’avais complètement oublié ?
Elle s’interrogea, incertaine.
— Je croyais que oui. Au moment de notre séparation, j’avais eu beaucoup de chagrin, et, à la longue, c’était parti. Je me laissais aller, avec l’idée que tout était fini pour moi… C’est singulier, n’est-ce pas ? mais jusqu’à vingt ans, j’ai éprouvé constamment l’impression que j’avais déjà vécu ma vie, et que je n’avais plus que de la vieillesse devant moi.
— Et alors, moi ?
— Je ne pensais plus à toi… Non, plus du tout… Tu étais mort avec moi, avec mon moi de ce temps ancien… Il paraît que c’était une impression fausse puisque, dès que je t’ai revu, j’ai tout repris d’un seul coup, mes souvenirs, mon affection, mon besoin de toi… Et toi, tu m’avais oubliée aussi ?
— Oh ! moi, non !… Tout le temps je t’ai vue devant moi… et je m’inquiétais de penser ce que tu devenais, comment tu grandissais, comment ta figure changeait… D’année en année, je t’ai vue devenir femme par l’imagination.
Elle s’écria :
— C’est drôle !… Moi, c’est le petit garçon que je cherche, que je revois en toi.
Il poursuivait :