Il fit un geste de voyou.
—Ah! si mademoiselle se fâche!...
Peu après, une femme de chambre très élégante souleva une portière.
—Si mademoiselle veut venir, madame la recevra.
Armande tressaillit et s'élança avec une hâte maladroite dont elle se dépita aussitôt, et, sous l'attention ironique des deux domestiques, elle s'étudia à une démarche compassée et à une attitude dédaigneuse.
—Oh! chérie! murmura le valet de chambre en l'imitant comiquement.
Par une porte ouverte, Armande aperçut un salon qui lui parut tel qu'une immense robe de bal, avec ses tentures de moire mauve et ses stores de tulle incrusté de dentelles. Maria l'introduisit dans une pièce oblongue qu'éclairait un large vitrail polychrome.
Mme Darquet, déjà vêtue pour les courses en ville, écrivait à un bureau Empire.
Elle releva sa tête fine, casquée de savantes ondulations de cheveux d'un assez vilain roux artificiel. Son regard était froid et perçant; elle gardait une grande beauté, malgré ses quarante-six ans, et son aspect annonçait bien la femme de tête qu'elle était.
Enfant unique de riches manufacturiers de la Sambre, elle avait été mariée très jeune à un noble officier de cavalerie, viveur et joueur, qui avait dissipé sa dot. Devenue veuve à vingt-cinq ans, à la suite d'un duel malheureux pour son mari, Noémi de Bellocq rentra dans sa famille, à jamais guérie de l'envie de figurer parmi l'aristocratie qui avait ébloui sa première jeunesse.