Pendant huit ans, elle mena joyeuse vie à Nancy; sa réputation ne fut pas sans recevoir quelques accrocs; mais sa grande beauté et sa grosse fortune lui conservaient de sérieux et fidèles prétendants.

Ayant dépassé la trentaine, Noémi songea à l'avenir, se décida à se remarier, et se résolut à épouser un homme politique, afin de remplacer les joies de la galanterie par celles de l'ambition.

Elle jeta son dévolu sur un homme à peu près inconnu et qu'elle pourrait créer selon ses désirs. Il avait un an de plus qu'elle, se nommait Cyprien Darquet et était avocat, sans le sou, mais non pas sans talent.

C'était le fils, selon la loi, d'un brave homme d'avoué qui passait pour la buse la plus invétérée du département; mais, Noémi avait confiance, la chronique scandaleuse donnant à Cyprien pour véritable père le sénateur Le Moël, un noceur roublard, grand brasseur d'affaires, qui avait su tirer, sans ennuis, ses trois millions du Panama.

Allié par sa femme à tous les personnages influents de la contrée, Cyprien avait aisément enlevé son élection à la Chambre. Depuis onze ans, il représentait la Sambre, et il s'était conquis un éclatant succès lors des débats sur les congrégations, dont il se montrait l'adversaire acharné.

L'union de ces deux personnages était heureuse. Si la fidélité du député paraissait douteuse, ce dont sa femme ne se souciait guère, celle de Noémi était absolue. La jeune femme avait largement jeté sa gourme durant son veuvage, et les idées ambitieuses l'occupaient aujourd'hui exclusivement. Elle escomptait sa situation de «ministresse», qui lui écherrait sans doute à bref délai, et s'y préparait activement.

Pourtant, elle se piquait de ne rien négliger dans sa maison, et, entre temps, s'occupait des détails du ménage: ses deux filles en faisaient partie.

Elle fit signe à l'institutrice de s'asseoir, et parcourut un papier posé devant elle, résumant ces notes tout haut plutôt qu'elle n'interrogeait la jeune fille.

—Vous avez vingt-six ans, vous appartenez à une famille de paysans de la Mayenne. Vous avez passé par l'École de Sèvres, et dès votre arrivée au collège de jeunes filles de la Sambre, vous avez fait preuve de manque de tact et de souplesse.

Armande plaça un mot.