—Qu'est-ce qui vous tourmente?... et quel mal ai-je fait?
L'institutrice eut un élan inattendu de sensibilité.
—Je vous jure, Cady, que je vous plains!... Je comprends que c'est la faute de votre milieu, de votre éducation, la négligence de votre mère, qui en sont la cause, mais vous n'êtes pas ce qu'une jeune fille de votre âge devrait être!... Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites est étrange, malsain... C'est vrai, l'on ne peut pas dire que vous faites le mal, mais c'est pis... Auprès de vous, il semble que l'on avance dans du pourri... Je voudrais, oui, je vous assure que je voudrais de tout mon cœur vous réformer, vous arracher à cette pente... Mais je ne sais comment m'y prendre.
Surprise par cet accent sincère, Cady sentit brusquement sa griserie tomber. Elle baissa la tête, pensive,
—Je ne sais pas ce que vous voulez dire, murmura-t-elle.
Le bras de l'institutrice l'enlaça affectueusement.
—Si, vous me comprenez parfaitement, et si vous vouliez m'écouter, vous redeviendriez bien vite une jeune fille comme il faudrait.
Le corps souple de Cady s'abandonna un instant à cette étreinte. Puis, la fillette se redressa soudain, avec un éclat de rire aigu.
A ce geste, ce renversement au fond de la voiture, un brusque rappel lui était venu d'une autre voiture, d'un autre enlacement, du bras de Cyprien Darquet essayant de rejoindre la taille, les hanches de Mlle Armande, hypocrite et consentante...
—Ah! ah! jeta-t-elle d'un ton de rancune et de raillerie amère. Pour prêcher la morale, il faudrait un autre oiseau que vous, mademoiselle Armande!... l'amie des gros vieux messieurs comme papa!...