Soulagée par la fuite de son auditoire, Cady ouvrit le piano et l'essaya en sourdine.
—Quel sabot, fit-elle avec une grimace.
Deber s'était installé près d'elle, dans un fauteuil.
—Allons, miss Cady, décidez-vous, fit-il en souriant avec indulgence. Je suppose que je ne vous intimide pas?
—Oh! mon Dieu, non! répondit-elle en riant.
Et elle attaqua très doucement le morceau choisi.
C'était une pièce d'une sentimentalité passablement vulgaire, mais Cady la jouait avec une simplicité, une discrétion, qui en faisaient une chose vraiment charmante.
Deber écoutait, surpris et séduit, les yeux attachés sur le visage de la pianiste qui, dans l'immobilité et l'application, reprenait toute la juvénilité fuyant parfois cette physionomie de petite Parisienne précoce.
Quand elle s'arrêta et se détourna lentement, il dit malgré lui:
—Qui vous a appris à jouer ce morceau de cette façon?