—Faut connaître un peu le monde qu'on fréquente, expliqua-t-elle gravement.

Comme elle feuilletait les papiers, parcourait des lettres, Marie-Annette se récria, scandalisée:

—Oh! tu ne vas pas lire?

—Non, mais, je me gênerai?... D'abord, pourquoi nous a-t-il confié ses clefs?

Et s'interrompant tout à coup.

—Tiens, voici justement quelque chose qui paraît intéressant!

Elle lut, haut, avec rapidité:

«Mon cher garçon, tu nous dis à ton père et à moi, que tu n'as plus d'argent pour finir ton mois. C'est que, en se privant de tout ici, c'est avec bien de la peine qu'on t'envoie les cent cinquante francs mensuels qu'on t'a promis. Peut-être que tante Claire consentira à t'envoyer cinquante francs, seulement, il ne faudra plus compter sur son cadeau à ta fête de naissance. Mon cher enfant, j'ai bien du souci de ce que tu me dis. Si ta place au journal ne te rapporte pas plus que les faux frais où cela t'engage, pourquoi t'y obstiner? Et puis, au sujet de la personne dont tu me parles, elle me paraît bien jeune sur son portrait, et c'est le plus vite possible qu'il faudrait t'établir et tâcher de vivre pour toi-même...»

Cette fois, une série de coups de plus en plus sonores annonçaient que le maître du logis était bien derrière la porte. Mais Cady acheva sa lecture, écoutée attentivement par sa cousine.

«C'est plutôt une veuve aisée, encore jeune que je te souhaiterais. Enfin, prends bien tes informations sur cette jeune fille. Il y a du vilain monde partout, et surtout à Paris. Avant de t'engager, sois sûr que la famille est telle que tu dis, et tâche de savoir le chiffre exact de la succession du père. Je t'embrasse, mon cher garçon, et je pense à toi nuit et jour.