Assise dans le nouveau train, Mlle Armande ne parla plus, abîmée en une sombre rêverie.
A la station de Caumartin, Mme Garnier la fit lever.
—C'est ici que nous descendons.
Elles gravirent les marches de la sortie sans mot dire et retrouvèrent le jour et le bruyant mouvement du boulevard Haussmann, devant les magasins du Printemps.
Machinalement, sans se demander où elle allait Mlle Lavernière suivait Mme Garnier qui traversa la rue Auber et prit la rue Tronchet.
Quand elles arrivèrent rue Vignon, Mme Garnier se décida tout à coup à la révélation qui lui coûtait.
—Ecoutez, ma chère, je ne veux plus avoir de secrets pour vous. Vous savez que chaque jour j'essaie de me libérer pendant quelques heures?...
Mlle Armande leva la tête, intriguée, oubliant ses propres préoccupations.
—Oui, j'ai remarqué...
—Vous pensez bien que ce n'est pas pour le plaisir de me promener?... Le fait est que, comme j'ai le souci de mes derniers jours, j'ai accepté une part dans une entreprise commerciale qu'il me faut bien surveiller un peu... J'y ai placé toutes les économies que j'ai pu faire. Voici trois ans que c'est en train, et si cela continue de prospérer, je pense que lorsque j'atteindrai l'âge de la retraite, je pourrai vivre modestement de mes rentes.