La fillette pénétra dans la chambre de Mme Darquet à peine éclairée.
Lentement, elle s'approcha du chiffonnier où Noémi serrait ses bijoux et elle l'examina avec attention.
Dans sa tête, deux idées ressassées depuis le commencement de la soirée s'agitaient, la troublant profondément.
Là-bas, dans l'appartement de Charlotte de Montigny, la demi-mondaine souffrait—en réalité, malade d'une grave fausse-couche—abandonnée par le Russe ainsi que par tous ses autres amis, sans le sou, menacée d'être expulsée, car elle devait plusieurs termes, et le gérant de l'immeuble, peu flatté d'avoir une «cocotte» pour locataire, lui avait signifié que l'on ne tolérerait désormais aucun retard dans les paiements.
Pendant la journée, venu secrètement auprès de Cady, Georges lui avait conté sa détresse en pleurant à chaudes larmes. Il demeurait seul avec sa mère pour la soigner, mourant presque de faim, tandis que Paul s'évertuait sans succès à glaner un peu d'argent, dans une déveine noire également.
Et Georges ayant supplié Cady de lui venir en aide, celle-ci n'avait pu que mêler ses larmes à celles de son ami. Elle possédait bien des économies, mais ces fonds étaient placés et elle ne pouvait y toucher.
Quant à demander de l'argent à qui que ce fût, c'était impraticable.
Alors, le petit garçon avait insinué que les parents de Cady étaient riches... qu'il y avait certainement dans l'appartement beaucoup d'argent, en tout cas, des bijoux de grande valeur...
—Le moindre bracelet, une bague de diamants, une broche nous sauverait... Paul ne serait pas embarrassé pour laver l'objet, murmurait-il câlin, ses beaux yeux bleus tout brillants de larmes.
Cady n'avait ni tressailli ni protesté. Elle-même songeait à ce que le petit lui suggérait.