Alors, peut-être comprendra-t-elle qu'un seul cœur, qu'une seule âme doivent être en contact permanent avec l'âme et le cœur d'un enfant—fille ou garçon—ceux de sa mère. Que seules les mains d'une mère doivent le toucher; que seule une mère chaste, délicate, aimante, élevée, doit laver, habiller, promener, faire jouer, faire manger, instruire, coucher et regarder dormir le petit être qui ne doit pas être éloigné, jusqu'à ce qu'il soit adulte, du sein qui l'a enfanté.

Peut-être comprendra-t-elle que la véritable maternité n'est point d'avoir inconsciemment élaboré en soi une vie étrangère, mais qu'elle réside dans la création, la réalisation d'un être vivant et pensant, et cela depuis l'heure de sa naissance, jusqu'au moment où il peut s'élancer seul dans l'existence, sain, fort et beau, parce que vous avez su le préserver et le développer sainement, fortement, en réelle et impeccable Beauté.

Camille Pert.

LA PETITE CADY

Le mardi qui suivit le jour du crime, Mme Darquet, la femme de Cyprien Darquet, le député de la Sambre, pénétra dans le cabinet du juge d'instruction, leur ami, Victor Renaudin, suivie de sa fillette Cady.

Le jeune magistrat, qui devait son poste de juge suppléant à l'active protection du député, s'empressa au-devant de la femme influente, s'excusant d'un air navré:

—Je suis désolé de vous déranger ainsi, madame!...

Mme Darquet fit un geste de condescendance, en s'asseyant dans le fauteuil poussé devant elle.

—C'est bien naturel!... Seulement, notre témoignage aura peu de valeur, car moi, vous savez que j'ignore tout; et rien ne peut vaincre le mutisme stupide de ma fille.

Renaudin, s'emparant de la main de la fillette, l'attira sur une chaise, près de lui.