—Gourmande, dissimulée, vénale, coquette, ivrogne, elle a tous les vices en herbe, ma fille!...
Une voix juvénile et un peu affectée traversa la pièce.
—Elle est délicieuse!
Cady courut vers celui qui avait parlé.
—Enfin! s'écria-t-elle boudeuse. C'est heureux que vous m'aperceviez, mon peintre!...
Et, appuyant son genou sur le canapé où était assis Jacques Laumière, elle posa effrontément ses lèvres sur la joue imberbe du jeune homme qui reçut cette caresse en riant, sans un geste pour arrêter la fillette, ni pour l'encourager.
—Ah! c'est que ce soir j'ai un interlocuteur plus intéressant que toi, ma petite! dit-il.
Cady jeta un regard méfiant et colère au personnage assis à côté de son ami et qui fumait en l'examinant avec indifférence.
Celui-ci très brun, de forte carrure, l'air viril et énergique, portait une barbe courte, où apparaissaient prématurément quelques fils blancs. Son front se dégarnissait. Il avait cet on ne sait quoi d'ardent et de desséché qui caractérise ceux qui ont vécu aux colonies.
Maurice Deber était, en effet, un fonctionnaire colonial en passe, vu de solides protections, d'obtenir un poste fort élevé au Tonkin, malgré sa jeunesse.