Car son apparence, ainsi que celle de son ancien camarade de collège Jacques Laumière, était également trompeuse, en sens inverse.

Alors qu'on eût donné aisément dix ans de plus aux trente ans de Maurice, ceux de Jacques eussent facilement bénéficié de sept ou huit années en moins.

Le jeune peintre avait le teint blanc, la souplesse blonde de la chevelure, la pureté indolente et comme lassée des yeux d'un adolescent. Seule, une ride profonde, coupant en deux le front, apportait une contradiction en ce visage menteur, car rien dans la vie et l'âme de l'artiste ne confirmait la juvénilité de son aspect physique.

—Tu reconnais l'original de mon tableau destiné au prochain Salon de la Nationale? demanda-t-il à Deber, en désignant d'un clin de paupières, la fillette absorbée dans sa contemplation malveillante.

Le colonial acquiesça.

—Certes... et j'ai une fois de plus admiré ton œuvre... Tu as précisé avec une prodigieuse habileté la physionomie déconcertante de ton modèle... Je ne me pique pas d'être un connaisseur; pourtant, il me semble que tu as fait un chef-d'œuvre et je crois que ton succès sera éclatant.

Jacques sourit avec satisfaction.

—Je t'avouerai que je l'escompte un peu... Moins à cause de mon talent que tu veux bien louer que par suite de l'intérêt troublant qu'offre cette petite énigme que je me suis efforcé de rendre avec fidélité.

Il attirait auprès de lui la fillette d'un geste tendre et familier, ajoutant avec l'affectation qui lui était propre:

—N'est-ce pas qu'elle est affolante?